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La Cocaille (La chanson)

 

Pol Ernaz

 

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Pastiche :Il était sur son char...

 

 Il était sur son char...      

THESEE

 

Mon fils n'est plus ? Hé quoi ! quand je lui tends les bras,
Les Dieux impatients ont hâté son t
répas ?
Quel coup me l'a ravi ? Quelle foudre
soudaine ?

 

THERAMENE

 

A peine nous sortions des portes de Trézène,
Il était sur son char. Ses gardes affligés
Imitaient son silence, autour de lui rangés ;
Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes ;
Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes.
Ses superbes coursiers, qu'on voyait autre
fois
Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa
voix,
L'œil morne maintenant et la tête b
aissée,
Semblaient se conformer à sa triste
pensée.

 

Un effroyable cri, sorti du fond des flots,
Des airs en ce moment a troublé le repos ;
Et du sein de la terre une voix formid
able
Répond en gémissant à ce cri redou
table.
Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s'est
glacé ;
Des coursiers attentifs le crin s'est
hérissé.

 

Cependant sur le dos de la plaine liquide
S'élève à gros bouillons une montagne humide ;
L'onde approche, se brise, et vomit à nos
yeux,
Parmi des flots d'écume, un monstre
furieux.
Son front large est armé de cornes
menaçantes,
Tout son corps est couvert d'écailles jaun
issantes,
Indomptable taureau, dragon impétu
eux,
Sa croupe se recourbe en replis
tortueux.
Ses longs mugissements font trembler le riv
age.
Le ciel avec horreur voit ce monstre sauv
age,
La terre s'en émeut, l'air en est inf
ecté,
Le flot qui l'apporta recule
épouvanté.

 

Tout fuit, et sans s'armer d'un courage inutile,
Dans le temple voisin chacun cherche un
asile.
Hippolyte lui seul, digne fils d'un
héros,
Arrête ses coursiers, saisit ses jave
lots,
Pousse au monstre, et d'un dard lancé
d'une main sûre,
Il lui fait dans le flanc une large ble
ssure.
De rage et de douleur le monstre bondi
ssant
Vient aux pieds des chevaux tomber en mug
issant,
Se roule, et leur présente une gueule
enflammée,
Qui les couvre de feu, de sang et
de fumée.
La fureur les emporte, et sourds à cette
fois,
Ils ne connaissent plus ni le frein ni
la voix.
En efforts impuissants leur maître se cons
ume,
Ils rougissent le mors d'une sanglante éc
ume.
On dit qu'on a vu même, en ce désordre af
freux,

Un dieu qui d'aiguillons pressait leur flanc poudreux.

A travers des rochers la peur les précipite.
L'essieu crie et se rompt. L'intrépide
Hippolyte
Voit voler en éclats tout son char fra
cassé.
Dans les rênes lui-même il
tombe embarrassé.

 

Excusez ma douleur. Cette image cruelle
Sera pour moi de pleurs une source éternelle.
J'ai vu, Seigneur, j'ai vu
votre malheureux fils
Traîné par les chevaux que sa main a nourris.
Il veut les rappeler, et sa voix les
effraie ;
Ils courent. Tout
son corps n'est bientôt qu'une plaie.
De nos cris douloureux la plaine reten
tit.
Leur fougue impétueuse enfin se ral
entit.
Ils s'arrêtent non loin de ces tombeaux ant
iques
Où des Rois nos aïeux sont les froides rel
iques.
J'y cours en soupirant, et sa garde m
e suit.
De son généreux sang la trace nous
conduit.
Les rochers en sont teints ; les ronces dégoutt
antes
Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes.
J'arrive, je l'appelle, et me tendant
la main,
Il ouvre un œil mourant qu'il referme soudain.

 

« Le ciel, dit-il, m'arrache une innocente vie.
Prends soin après ma mort de ma chère Ari
cie.
Cher ami, si mon père un jour dés
abusé
Plaint le malheur d'un fils faussement
accusé,
Pour apaiser mon sang et mon ombre plaint
ive,
Dis-lui qu'avec douceur il traite sa
captive,
Qu'il lui rende...» A ce mot ce héros
expiré
N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré,
Triste objet, où des Dieux triomphe
la colère,
Et que méconnaîtrait l'œil même de s
on père.
 

 

THESEE

 

O mon fils ! cher espoir que je me suis ravi !
Inexorables Dieux, qui m'avez trop
servi !
A quels mortels regrets ma vie
est réservée !

 

Sa main sur leur rondeur...

LE PERE

 

Raconte-moi encore avec quel embarras,
Comment avec Robert le regret d'un repas
Survint si brusquement. Quelle affaire soudaine
?

 

LE NARRATEUR

 

Nous comptions tous nos œufs les mettant par douzaines,
Sachant pertinemment que tous seraient mangés.
Mais Robert malgré tout les plaçant par rangées
Sa main sur leur rondeur - il fallait voir la scène-
Voulait absolument atteindre la centaine
Il étai excité et il avait la foi.
Nous doutions il est vrai et nous restions sans voix.
Hésiter maintenant aurait pu le blesser,
Ne fallait surtout pas qu'il lise nos pensées.

 

Avant, après minuit, nous les mettions par lots,
Nous étions fatigués et pensions au repos ;
La faim nous tenaillait et nos corps insatiables
N'avaient qu'un seul soucis : les deux pieds sous la table.
Sous un vent ravivé nos doigts étaient glacés ;
Et dans les courants d'air nos cheveux hérissés..

 

Il eut été heureux que ce soir on liquide
Cette ultime virée par ce temps trop humide.
Mais Robert était là et l'éclat de ses yeux,
Montrait sans équivoque cet air furieux
Qui le voyait parfois de façon menaçante
Imposer ses diktats d'une voix rugissante.
Il fallut bien céder. Comme des culs-terreux
Nous primes à nouveau les chemins
  tortueux.
Emportant avec nous de village en village.
Ce chant du
nouveau mai, ce chant que l'on partage,
Attendu par certains, bien souvent respecté
Ou quand d'autres parfois en sont épouvantés.

 

La collecte des œufs du dernier jour d'avril,
Se fait de porte en porte et nous prenons asile
De maison en maison comme des héros.
Les maîtres de céans nous proposent de l'eau
A verser dans l'anis et vont d'une main sûre,
Au pied du poulailler –et cela nous rassure-
Sonder sous les duvets. D'un doigté caressant
Retirent en douceur
 l'objet concupiscent
Que nos vœux réclamaient de manière enflammée
Et en termes fleuris comme écran de fumée.
Alors on les emporte, et comme à chaque fois,
Tout en remerciant et donnant de la voix.
Efforts récompensés comme veut la coutume,
Aux chants élogieux ajoutons le volume,
A tel point qu'effrayés de leur nid quatre freux
S'envolent en criant dans un vacarme affreux .

Surpris par ce tapage Robert se précipite,
Les œufs de leur panier tenu par Hippolyte
Se retrouvent à terre complètement cassés
Sur l'omelette il glisse et tombe embarrassé.

 

Excusez ma douleur. Cette image cruelle
Sera pour moi de pleurs une source éternelle.
J'ai vu, Seigneur, j'ai vu oui Robert fort mari
Les deux genoux au sol la main endolorie,

Hippolyte interdit de sa voix qu'il effraie

S'évanouir. Son corps tremble et après
Quand ses nerfs se relâchent il est anéanti.
Robert se relève quelque peu décati.
Son sang n'a fait qu'un tour le moment est tragique
Il rentre sa colère, le voilà qu'il abdique.
Il marche en soupirant et son bras qu'il essuie
Retombe lourdement. Sa pensée le conduit
Vers des tables dressées aux douceurs succulentes
D'œufs au plat ou pochés aux saveurs enivrantes.
Ils sont là, il les sent à portée de sa main.
Il ouvre un œil mourant… se réveille soudain.

 

Sûrement, pensa-t-il, cette vieille eau-de- vie.
Eut raison de mes sens. Pour me tuer ainsi
En aurais-je vraiment à ce point abusé ?
D'avoir trop bu ce soir ils vont tous m'accuser.
Sans doute pour ce coup une dose excessive
Aura de mon esprit fait une âme captive.
J'en conviens!
 Mais enfin je n'ai pas expiré
Et ma chute en rêvant n'a pas défiguré
Mon profil d'Adonis. Aussi sous la colère,
Pour me justifier,
 j'en appelle à mon père.

 

LE PERE

 

O mon fils ! Je te crois et mon cœur est ravi.
Ce flacon une fois dans ton verre servi…
Toujours plein!
 Je le sais car il m'est réservé.

    

 La Cocaille - Polernaz 

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Polernaz: Tragicomédien - Langue Française : La Saga du H aspiré  - Abracadabrantesque  -  Mots rares ou oubliés : Textes de A à K - Locutions latines

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